2.3.3. Les cônes de bas de pente

L’observation des coupes dans les colluvionnements de bas de pente dans la plaine de Persépolis rejoint les premières conclusions issues des études des terrasses fluviales. Au dessus d’une couche de sédiment fin de lœss remaniés issus de l’érosion des versants lors de l’optimum climatique, le retour à un climat semi-aride, plus proche de celui que la région connaît actuellement, se développe une épaisse couche de matériaux hétérogènes (Fig.2-8). Il s’agit d’une succession de dépôts qui peuvent aller du sédiment fin à des couches grossières très caillouteuses se développant sur plusieurs mètres de hauteur. La nature sédimentaire de ces couches dépend de la force des précipitations. Par exemple, lors d’épisodes de pluies importantes, un fort ruissellement peut impliquer le dépôt d’épaisses couches de matériaux grossiers. Les versants des montagnes entourant la plaine présentent une couverture végétale très peu dense et l’érosion des versants est importante.

Figure 2‑8 : Vue d’une coupe du piedmont du Kuh-e Rahmat, au sud de Persépolis (cliché et interprétation JBR, printemps 2008)
Figure 2‑8 : Vue d’une coupe du piedmont du Kuh-e Rahmat, au sud de Persépolis (cliché et interprétation JBR, printemps 2008)

L’étude et la prospection archéologique de ces cônes alluviaux de bas de pente montrent que de nombreux sites sont présents à proximité de la surface. Dans le Tang-e Bulaghi, des sites de l’époque Bakun (Chalcolithique – entre 5000 et 4000 av.J-.C.) ont par exemple été retrouvés lors des prospections archéologiques. Des fours de potiers datant de cette époque ont par la suite été mis au jour à des profondeurs inférieures au mètre par des fouilles récentes210. Il en est de même pour la plaine de Persépolis où, lors de nos prospections, nous avons pu retrouver des indices d’occupation néolithique ou chalcolithique sur les piedmonts de différents massifs211. Cette période correspondant à peu près à la fin de la période d’amélioration climatique de la première moitié de l’Holocène, il semblerait donc que les dynamiques d’érosion sur les versants montagneux de la région aient été assez limitées depuis. Cette hypothèse semble confirmée par le fait que lors de nos prospections sur les piedmonts de la plaine, nous avons trouvé, outre des sites préhistoriques, des sites fondés aux périodes sassanides ou islamiques, qui ont donc été abandonnés il y a plus de 1000 ans, présentant des fondations de murs affleurantes.

D’après les observations archéologiques et géomorphologiques, les cônes de bas de pente étaient donc en place, au moins à partir du chalcolithique, période à partir de laquelle la morphogenèse des versants va fortement diminuer. Les versants des massifs ont donc été érodés sur une courte période de temps, incluant l’optimum climatique et la période juste postérieure, l’alluvionnement diminuant fortement vers l’Holocène moyen. Ces observations témoignent finalement d’une certaine stabilité géomorphologique des versants à partir de la fin de l’optimum climatique, période à laquelle les piedmonts des différents massifs de la plaine de Persépolis avaient donc déjà acquis leur morphologie actuelle.

Notes
210.

Helwing et al. 2010

211.

Cf. § 6.3.2 et 6.3.3